HPhil Seminar: May 23, 2024

May 23, 2024 5:00pm

The HPhil (History of Philosophy) Research Group of the Centre of Philosophy of the University of Lisbon announces the 2023/24 edition of its permanent seminar on the history of philosophy, devoted to the presentation of conferences by renowned specialists while also creating opportunities to emerging scholars, aiming to promote advanced studies in groundbreaking debates and the permanent training of its academic community.

In this session of the seminar, Elena Partene (ENS Ulm) will present a paper, entitled “Méthode et morale chez Descartes”, (abstract below)

The session will take place on May 23, 2024 at 5 p.m., in the Room C201.J (Room Mattos Romão, Department of Philosophy). Admission is free.

Abstract

“Quels rapports croisés méthode et morale entretiennent-elles exactement dans l’œuvre cartésienne ? Si la méthode consiste dans un a priori théorétique définissant la structure de la science, y a-t-il une méthode pour l’agir ?

Dans le court résumé qui précède le Discours de la méthode, Descartes écrit qu’on trouvera dans la troisième partie quelques-unes des règles « de la morale qu’il a tirée de cette méthode » (AT VI 1). Or, la méthode consiste en « des règles certaines et faciles, par l’observation exacte desquelles on sera sûr de ne jamais prendre une erreur pour une vérité » (AT X 371) : la certitude d’être dans le vrai, voilà pourtant ce qui échappe à la morale provisoire cartésienne, qui se résume en simples maximes valorisant les opinions communément reçues et la coutume (AT VI 23 et sq). Comment la morale peut-elle être tirée de la méthode si celle-ci est ce qui constitue la science comme universelle et nécessaire, tandis que la morale est si imparfaite qu’elle ne peut s’envisager que « par provision » ? Lévy-Bruhl, Gilson ou encore Alquié ont insisté sur le décalage qui existe entre ces deux concepts. Lévy-Bruhl, cité par Gilson, en propose une interprétation : « C’est la méthode qui veut que nous nous donnions une morale provisoire, à cause de la nécessité où elle nous met de douter de tout, bien que les exigences de la vie pratique ne souffrent aucun délai ». C’est parce que la première règle de méthode consiste à douter de tout qu’il faut douter de la vérité absolue de la morale : le doute ne doit pas intervenir dans l’agir effectif, mais dans le méta-jugement porté sur cet agir effectif, car en soi il aurait pu être autre sans que cela blesse la vérité. Le vrai est pour ainsi dire déplacé du contenu à la forme de la morale : ce n’est pas l’action qui se peut prévaloir de certitude, c’est la simple nécessité d’agir. Une analogie est donc possible entre la méthode et la morale.

C’est la compréhension de ce parallèle que nous nous proposons d’approfondir et de radicaliser pour donner tout son sens à ce « tirée de » qui donne son titre à la troisième section du Discours. Nous montrerons d’une part que la méthode théorétique relève elle-même d’un acte du vouloir, de telle sorte que ce qui est vraiment inaugural, même en science, réside dans une métaphysique du vouloir ; cet acte suspend et discrimine tout ce qui relève de la facticité et de l’institué. Inversement, la résolution, qui constitue le cœur de la morale cartésienne, consiste en une linéarité irréversible, laquelle reprend l’image de la chaîne des raisons méthodiques”.